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Chroniques policières

QUATRIÈME EPISODE

Les incontournables de XXème siècle, de 1900 à 1910

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Robert Hans VAN GULIK (1910-1967),bubu hollandais, fils de militaire, scolarisé à Java, apprend les langues locales. 1923, de retour en Hollande, il est licencié de chinois à l'université puis il apprend le sanscrit et le tibétain. Il obtient, en 1935, son doctorat en philosophie et sa première affectation diplomatique à Tokyo qu'il quitte rapidement, après l'attaque de Pearl-Harbor. Il retrouve son poste en 1949. Il publie une traduction d'un récit policier chinois du XVIIIème siècle et c'est le succès : "On s'empressa de me demander d'autres ouvrages du même genre. Ils étaient fort rares. Aussi, je décidai que ce pourrait être une expérience intéressante si je m'essayais à composer un roman dans le même style"...

Sa première "expérience", "Le mystère du labyrinthe", 1950, est un immense succès au Japon...et en Chine dont les traductions sont de l'auteur...Il faudra attendre 1985 pour la traduction française ! Son héros, le juge Ti, véritable Sherlock Holmes du VIIème siècle, apparaît dans vingt-quatre enquêtes et l'on y suit son évolution professionnelle hors du commun... Après le décès de l'auteur, Frédérik Lenormand a réussi "l'expérience" de continuer les aventures du juge Ti. À ne surtout pas négliger : formidable !

Meurtre dans un bâteau-de-fleurs, 1960 ; Le monastère hanté, 1961 ; Le paravent de laque, 1964 ; Le motif du saule, 1965 ; Meurtre à Canton, 1966.

Charles EXBRAYAT (1906-1989), français, passe son bac à Nice, exclu de fac de Marseille pour chahut notoire, participe à la Résistance dans les rangs des FTP. Auteur de plus de cent polars et autres genres Il est le créateur de deux séries, l'une, autour d'Imogène McCarthery, vieille fille un peu fantasque et naïve, et l'autre, autour du Commissaire Roméo Tarchini, petit, rond, gourmand qui ne semble pas très futé... L'humour et l'originalité caractérise l'oeuvre d'Exbrayat, même si parfois il frise légèrement la caricature à la façon de Don Camillo et Pepone. Il sait aller jusqu'au bout de son délire, ce qui nous donne quelques savoureuses perles...

Avanti la musica, 1961 ; Chewing gum et spaghetti, 1960 ; Chianti et coca-cola, 1966.

Ellery QUEEN (1905-1982) et (1905-1971), américains, célèbre déchiffreur d'énigmes, résolues par l'observation, l'analyse, la réflexion puis la déduction, longtemps resté un personnage mystérieux. Sous ce nom se cachent Manfred B. Lee et Frederic Dannay, deux cousins nés en 1905 à New York. Ils travaillent dans la publicité quand, en 1928, à l'âge de vingt-trois ans, ils gagnent un concours de romans policiers avec "Le mystère du chapeau de soie". L'éditeur les engage à continuer...Plus de quatre vingt ouvrages suivront, baignant dans une bourgeoisie corrompue, rongée par une écrasante morale. Ils emprunteront des sentiers aussi variés et novateurs que le dédoublement de personnalité ou l'accueil accidentel du héros dans un secte ultra-catholique, en plein désert...

Le mystère du chapeau de soie, 1929 ; Le mystère du théatre romain, 1929.

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Jim THOMPSON (1906-1977), américain, entre dépression, petits boulots, alcoolisme et tuberculose, ses expériences nourrissent son inspiration. Il se situe dans le camp des humbles et des victimes du rêve américain. Il participe à l'adaptation, avec Stanley Kubrick, des "Sentiers de la gloire". Auteur de nouvelles et de romans, il décède, dans la quasi indifférence des américains. Fin des années soixante-dix, il est mis en valeur en France."1275 âmes", un pur chef d'oeuvre, est adapté au cinéma sous le titre "coup de torchon" en 1981. Parmi les maîtres du "hard boiled", il est l'un des rares à s'impliquer dans chacune de ses pages pour décrire la société décadente où l'on rencontre, de manière délirante, des notables pourris dans une société sans morale. On y rencontre aussi quelques bouffées d'air pur, de lumineuses éclaircies, certains petits joyaux et trouvailles poétiques : une oeuvre à découvrir absolument !

Deuil dans le coton, 1952 ; Mille deux cent soixante-quinze âmes, 1964 ; Coup de torchon, 1981.

Paul-Jacques BONZON (1908-1978), français, créateur, pour la Bibliothèque verte" (Hachette) de la série pour la jeunesse "Les six compagnons" : six garçons, une fille, entre douze et treize ans, et un chien, Kafi, tous sympathiques et inséparables. Ils vivent dans le quartier de La Croix Rousse à Lyon et sont en quête d'aventures policières passionnantes, souvent pour aider des amis...Son oeuvre tranche avec la littérature pour la jeunesse de l'époque par le caractères réaliste et parfois triste de certaines situations, décrivant la solidarité qui anime les milieux les plus modestes. Après la mort de P.J. Bonzon, les aventures ont continuées sous la plume d'autres auteurs.

Les six compagnons et le piano à queue, 1964 ; Les six compagnons et la brigade volante, 1972.

Chester Bomar HIMES (1909-1985), américain, condamné à dix neuf ans à vingt ans de prison pour un cambriolage, peine réduite à sept ans. Il est le créateur de deux héros noirs, Ed Cercueil et Johnson Fossoyeur, enquêteur à Harlem. Les scènes sont souvent surréalistes, servies par des dialogues, parfois humoristiques mais très réalistes. Ils lui servent de prétexte pour témoigner des conditions de vie des noirs, dans un style direct et incisif. Chacune de leurs enquêtes, toujours délirantes d'humour, se situent dans de ghetto noir de Harlem où les noirs vivent dans la crasse et la misère. Vers la fin de sa vie, l'humour fait place à un ton grave et le désespoir sur une évolution positive de la condition des noirs teinte ses romans à tel point qu'il décide, dans "Plan B", de faire mourir ses deux héros.

Cercueil et fossoyeur, le cycle de Harlem, (intégrale des nouvelles des deux enquêteurs) ; Baby sister, 1973 ; Couché dans le pain, (?).

Léo MALET (1909-1996), français, emprunte la voie libertaire, anarchiste et surréaliste, divers petits boulots...Il est le créateur du héros Nestor Burma, détective privé de choc, à la limite de la légalité, façon vieux titi parisien, incarné à l'écran par Guy Marchand. Il intervient, entre autre, dans une série , "Les nouveaux mystères de Paris", en référence à Eugène Sue (voir plus haut !) où chaque enquête a pour décor un arrondissement différent de Paris. L'authenticité du récit et son humour sarcastique connaît un succès immédiat.

Les enquêtes de Nestor Burma (?).

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Charles WILLIAMS (1909-1975), américain, il lui est impossible de se souvenir de tous les établissements où il a usé ses fonds de culottes (sic), navigue sur toutes les mers du globe en tant qu'opérateur radio de la marine marchande jusqu'en 1939, spécialiste en communication radio et en électronique jusqu'en 1950. Puis vint l'écriture...et les difficultés financières qui l'amèneront à la dépression puis au suicide, après avoir écrit vingt deux romans. Son univers est lié à la mer et au monde rural du Sud, celui des "pauvres blancs". Ses protagonistes sont généralement entraînés dans un engrenage qui les broie inexorablement, même si les arnaques imaginées sont souvent originales...Au beau milieu de cet univers sombre, "Fantasia chez les ploucs" et la suite,"Aux urnes les ploucs !" sont d'une rare truculence et un monument de drôlerie, adapté en 1971 au cinéma avec Jean Yanne et réalisé par Gérard Pirés, réalisateur en 1997, du premier "Taxi" avec F. Diefenthal et S. Nacery.

Fantasia chez les ploucs, 1956.

Ellis PETERS (1913-1995), britannique, amoureuse de la Tchécoslovaquie dont elle apprend la langue, traduit treize auteurs inconnus des anglais, de 1957 à 1970. Cependant, elle s'essaye au polar dès 1938. Son héros, George Felse, détective plutôt classique partage la vedette avec son épouse et son fils. Il apparaît dans treize romans et toute la famille grandit et vieillit au fil des livres, façon saga si chère à l'auteur. Mais, car il y a un "mais", elle débute une nouvelle série en 1977, à l'âge de soixante-quatre ans, consacrée au Frère Cadfael, moine, agé de quarante ans, herboriste de l'abbaye de Shrewsbury. Les intrigues se situent au XIIème siècle. Les origines du héros, soldat durant les guerres, marchand et père d'un fils (dont la mère est une belle sarrazine !) lui permettent toute liberté, tout en respectant la moralité du combat entre le Bien et le Mal...

Le lépreux de Saint Gilles, 1981 ; La foire de Saint Pierre, 1981 ; La vierge dans la glace, 1982 ; Le moineau du sanctuaire, 1983 ; L'apprenti du diable, 1983 ; Le champ du potier, 1989.

Cette présentation a été possible grâce à l'aide, incontournable et enrichissante, du Dictionnaire des littératures policières de Claude Mesplède dont nous ne pouvons que vous encourager à vous nourrir, et vous abreuver...sans modération aucune ! Elle complétera amplement cette approche succincte.